Voyager avec une pathologie : la barrière de la langue aux urgences

Voyager avec une pathologie, c'est emporter un système qui ne fonctionne qu'à la maison. Votre médecin connaît votre dossier, votre pharmacien reconnaît votre ordonnance, vos proches savent quoi dire à votre place. Passé la frontière, il ne reste que ce que vous portez sur vous, et il faut que ce soit compris par quelqu'un qui ne parle pas votre langue.

Ce texte ne parle pas de préparation médicale : ce qu'il faut emporter, prévoir ou anticiper se décide avec votre médecin avant le départ. Il parle de la partie logistique, celle que vous seul pouvez régler : rendre votre information compréhensible loin de chez vous.

Ce qui traverse les frontières, et ce qui ne les traverse pas

Certaines informations sont comprises partout sans traduction. D'autres perdent tout leur sens au passage.

Ce qui passe :

  • Le groupe sanguin. « O+ » ou « A- » se lisent de la même façon dans la quasi-totalité des pays. C'est l'information la plus internationale de votre fiche.
  • Les nombres. Une posologie, une année, un numéro de téléphone avec son indicatif international.
  • Le nom des molécules. La dénomination commune internationale est justement faite pour ça.

Ce qui ne passe pas :

  • Les noms de marque des médicaments. Une même molécule change de nom d'un pays à l'autre, et parfois la même marque désigne autre chose ailleurs. C'est le piège le plus courant.
  • Les sigles et abréviations, y compris ceux qui vous semblent évidents.
  • Une carte manuscrite en français, dans un pays qui ne le lit pas.

Écrivez la molécule, pas le nom de la boîte

C'est le geste unique qui rapporte le plus. Le nom commercial que vous connaissez par cœur peut ne rien dire à l'autre bout de l'Europe, alors que la molécule est reconnue partout. Rien ne vous empêche d'écrire les deux, dans cet ordre : la molécule d'abord, la marque entre parenthèses.

L'information exacte se lit sur la boîte ou sur l'ordonnance, et votre pharmacien la confirmera en trente secondes si vous avez un doute.

L'anglais est le repli réaliste

Pas parce qu'il serait parlé partout, il ne l'est pas. Mais parce que dans un service hospitalier, c'est la langue qui a le plus de chances d'être partagée entre deux personnes qui n'ont aucune autre langue en commun.

Conséquence pratique : les parties de votre fiche que vous écrivez à la main gagnent à être rédigées en anglais si vous voyagez régulièrement. Une note libre, une précision sur une posologie, l'emplacement d'un traitement que vous portez. Le reste, si vous utilisez un support structuré, se traduit sans vous.

Les numéros et les papiers

Le 112 fonctionne dans toute l'Union européenne et dans plusieurs pays voisins, depuis n'importe quel téléphone, y compris verrouillé. C'est le seul numéro à retenir pour l'Europe. Hors Europe, notez le numéro local dans vos notes avant de partir, cela prend une minute.

La carte européenne d'assurance maladie couvre les soins dans l'Espace économique européen et en Suisse. Elle se demande à l'avance et elle est gratuite. Sans elle, tout se règle en avance de frais.

Votre assurance ou assistance voyage. Notez le numéro de l'assisteur au même endroit que vos autres informations, pas uniquement dans un mail perdu au fond de votre boîte.

Le point aveugle des supports gravés et imprimés

C'est ici que la langue devient un vrai critère de choix, et pas un détail.

Une gravure ou une carte imprimée fige une langue au moment de la fabrication. Vous avez donc le choix entre l'écrire dans votre langue, et elle ne servira pas à l'étranger, ou l'écrire en anglais, et elle sera moins immédiate pour un secouriste de votre propre pays. Certains font graver les deux, au prix de la moitié de la place disponible pour un objet qui n'en avait déjà pas beaucoup.

Un support numérique échappe à cet arbitrage, parce que la même donnée peut s'afficher dans la langue de celui qui la lit. Avec deux réserves honnêtes : aucune solution ne couvre toutes les langues du monde, et la plupart, la nôtre comprise, retombent sur l'anglais dès qu'elles sortent des langues qu'elles gèrent. Et ce que vous avez tapé à la main reste dans la langue où vous l'avez tapé, puisque personne ne peut le traduire à votre place sans risquer d'en changer le sens.

Quinze minutes avant de partir

  • Vérifiez que vos traitements sont notés en molécule.
  • Traduisez en anglais vos notes libres, s'il y en a.
  • Ajoutez un indicatif international devant les numéros de vos contacts. Un numéro français sans le +33 ne se compose pas depuis l'étranger.
  • Prévenez votre contact d'urgence que vous partez, et où.
  • Photographiez votre ordonnance et votre carte d'assurance, et rangez ces photos ailleurs que dans le sac qui peut être volé.

Ce que ça ne règle pas

La barrière de la langue ne disparaît pas parce que votre fiche est bien faite. Un échange complexe avec un médecin passera par un interprète ou par un proche joignable au téléphone, et c'est très bien ainsi.

Ce que vous préparez ici couvre autre chose : les premières minutes, celles où personne ne peut vous demander quoi que ce soit, et où la seule information disponible est celle qui est écrite sur vous.

Nous expliquons comment nous traitons ce point précis dans la langue du profil, et la manière de formuler une allergie pour qu'elle reste comprise par un inconnu est détaillée dans signaler une allergie sévère.

À lire ensuite